Rechercher

Apprendre à utiliser au mieux ses émotions


De façon générale, bien vivre avec ses émotions suppose de savoir mobiliser un certain nombre de compétences émotionnelles qui sont plus ou moins développées chez les différents individus, mais que l’on peut exercer et cultiver.

Quelles sont-elles ? 1) Accueillir et identifier les émotions ; 2) les comprendre ; 3) les exprimer ; 4) les réguler ; 5) savoir les utiliser à bon escient, d’après la typologie définie par la chercheuse en psychologie de l’université de Louvain Moïra Mikolajczak.



Accueillir


C’est une condition nécessaire pour avancer vers la sécurité émotionnelle. Si cela semble simple au premier abord, c’est pourtant l’étape la plus difficile pour beaucoup de personnes très sensibles.

La première chose à faire est d’être en mesure de détecter et identifier ses propres émotions.

On mobilise à cet effet différentes techniques qui permettent d’identifier une émotion naissante (avant qu’elle ne devienne un ouragan) à travers les signaux physiques et les pensées.

Par exemple la technique de « la météo intérieure » : il s’agit de s’arrêter trois minutes, à différents moments de la journée (idéalement trois fois), afin de scanner l’état de tension (ou de détente) physique de notre corps dans un premier temps, puis de laisser émerger les émotions associées. En développant cette technique on devient petit à petit plus attentif aux signaux discrets de nos émotions et on y adapte ses comportements.

Une fois l’émotion identifiée, il s’agit de l'accueillir pour ce qu’elle est, sans chercher à la mettre à distance. Il arrivera parfois que certaines craintes associées au vécu émotionnel (comme le fait de pleurer en public) doivent être levées. Le praticien peut alors amener la personne à dédramatiser ces situations et réfléchir avec elle à des solutions d’adaptation comme prévenir l’entourage de possibles accès de larmes, ou éviter des situations « trop risquées » quand elles ne sont pas indispensables.



Comprendre


C’est la deuxième étape : décrypter et interpréter le message porté par les émotions.

Il s’agit de mettre en lien l’émotion (et son intensité) avec la situation qui l’a déclenchée, et d’identifier les besoins sous-jacents.

Par exemple, la remarque désagréable d’un collègue n’aura pas la même répercussion sur quelqu’un qui a besoin d’être rassuré sur ses compétences, et sur quelqu’un doté d’une bonne confiance en soi.

Connaître ses besoins permet de comprendre l’amplitude de certaines réactions émotionnelles, pour mieux les réguler ensuite.



Exprimer


Cette fois, il s’agit d’apprendre à extérioriser intelligemment ses émotions.

Certaines personnes hypersensibles mobilisent beaucoup d’énergie afin de masquer leurs ressentis aux yeux des autres, alors que d’autres sont sujettes aux éclats, débordées par les émotions qui les traversent. Dans un cas comme dans l’autre, le but de l’expression émotionnelle, à savoir un partage de son vécu qui puisse être reçu par l’entourage, n’est pas atteint. La solution est alors de mettre des mots sur ce qu’on vit, d’abord pour soi, afin d’être capable de le partager dans un second temps avec l’autre, de manière à être entendu (de la bonne manière, au moment propice, etc.).



Réguler


C’est la demande la plus importante en cabinet : le besoin de gérer le flot émotionnel intense auquel font face les personnes hypersensibles.

Bonne nouvelle, il existe de nombreux outils de régulation. Certains apprennent à voir les situations autrement : en imaginant ce qu’un extraterrestre penserait de cette situation, ou bien en en repérant aussi les avantages. D’autres approches visent à réorienter l’attention, en se projetant dans un lieu plaisant et sécurisant pour diminuer l’intensité de l’anxiété, par exemple.


En tout cas, lorsque la personne se réconcilie avec ses émotions, les accueille et les exprime, ces dernières prennent généralement moins d’ampleur et deviennent moins dérangeantes.


Exploiter


Enfin, au fil du temps, la grande sensibilité devient une ressource dans le domaine émotionnel, relationnel et décisionnel.

D’ailleurs, il n’est pas nécessaire d’aider les individus hypersensibles spécifiquement à développer cette compétence. Elle va de soi lorsqu’une personne vit mieux avec son hypersensibilité.




Source : Cerveau et Psycho n°141