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Le syndrome de l'imposteur

Dernière mise à jour : 8 févr.


En 1978, 2 psychologues américaines, Pauline Rose Clance et Suzanne Imes mettent un nom sur une forme particulière et extrême du doute de soi, le syndrome d'imposture.

Les personnes qui souffrent du syndrome d'imposture ont du mal à accepter un compliment, elles attribuent leur succès à la chance et ont constamment peur d'échouer, ne se sentent jamais légitimes dans ce qu'elles font, trouvent qu'elles ne méritent pas ce qui leur arrive de positif et qu'elles ne sont vraiment pas à leur place.

Cette façon de penser extrêmement paralysante les empêche non seulement de savourer leurs succès, mais entrave aussi souvent leurs progrès.

Comment le syndrome de l'imposteur se manifeste-t-il dans la vie de tous les jours?

Commençons par une précision, si ce syndrome s'ancre profondément par un manque de confiance en soi, il ne s'y limite pas.

Quand on n'a pas confiance, on se sent parfois bousculé dans son humilité ou son ego, mais pas forcément dans sa légitimité. Beaucoup surmontent alors leur peur, travaillent d'arrache-pied et sont fiers de ce qu'ils réalisent sans se dévaloriser.

Dans le cas du syndrome d'imposture, on fournit le même travail, on rencontre le même succès, on le sait, mais on ne peut pas le ressentir.

Les personnes qui le vivent étant incapables d’intérioriser ces succès ne parviennent pas à s'en réjouir. Elles vivent leur situation avec anxiété car elles se sent encore plus exposées au retour de l'échec et ont peur d'être démasquées.

Les comportements du syndrome d'imposture.

Concrètement, le syndrome d'imposture se traduit par différents comportements mis en lumière notamment par Valérie Young.

Le plus fréquent de ces comportements est le perfectionnisme. La personne s'impose alors des standards trop élevés et formule à son égard des demandes impossibles. Elle entre dans une spirale de travail infernale, avec le risque de faire un burn-out.

D'autres stratégies compensatoires consiste à procrastiner ou à s’auto-saboter. Puisqu'on se sent incapable de réussir, on renonce à travailler et on échoue encore plus vite. Ce que l'on prend pour une confirmation de son incompétence.

Mais ce n'est pas la seule façon dont le syndrome d'imposture bloque la progression. Les personnes touchées s’interdisent souvent toute revendication en particulier comme celle de monter en grade ou en salaire. Comment oserait elle le demande puisqu'elles ont déjà l'impression de ne pas mériter leur situation actuelle ?

La différence de perception homme - femme.

Les femmes sont particulièrement sujettes au syndrome d'imposture, notamment parce que les injonctions sociétales les "empêchent" de se sentir à la hauteur.

En effet, leur manque de confiance en elle est un héritage historique, sociétal, culturel, familial et souvent transgénérationnel. Elles ont intériorisé, validé, les clichés qu'elles ont porté pendant des décennies, elles s’y conforment de façon presque inconsciente.


David Dunning et Joyce Ehrlinger, de l’université de Cornell, ont identifiés, dans une série d'études publiées en 2003, des mécanismes psychologiques qui prédisposent au syndrome d'imposture.

Les femmes tendent à sous-estimer leur capacité et leur performance , tandis que les hommes les surestiment.

Il y a aussi une différence de perception du succès ou de l'échec.

- Pour l'échec :

Lorsque des examens sont très difficiles, les filles ont tendance à penser, « c'est de ma faute si j'échoue, je ne suis pas assez douée, je n'ai pas assez travaillé », elles ont recours à ce que l'on appelle une attribution interne (on attribue ce qui arrive à des caractéristiques personnelles), alors que les garçons se disent plutôt « j'échoue parce que l'examen est trop dur, le prof est trop sévère », ce qui constitué une attribution externe (ce qui arrive et les résultats d'influences externes à la personne).

- Pour le succès:

Lorsque les femmes font quelques choses de bien, elles ont tendances à l'expliquer par des raisons externes : le hasard, la chance… Et les hommes l'attribuent à leurs qualités personnelles.

David Dunning et Joyce Ehrlinger ont aussi montrer qu’en moyenne les hommes ont besoin de maîtriser que 50% des prérequis pour postuler à un emploi, quand les femmes n’osent candidater que si elle maîtrise les choses à 100%.


Si certains hommes souffrent du syndrome d'imposture, ils sont souvent moins paralysés dans leur progression, car ils sont "conditionnés" pour travailler, faire vivre leur foyer. Ils ont parfois peur mais prennent plus de risques.

Comment apprivoiser le syndrome d'imposture ?

On ne se débarrasse malheureusement pas si facilement du syndrome d'imposture.

En revanche, il est possible de l'apprivoiser, en déconstruisant certaines idées fausses sur soi et en revisitant les croyances limitantes de l'enfance sur son propre manque de valeur(retrouvez mon article à ce sujet ici) . Il est aussi important d'admettre ses réussites. Un moyen tout simple pour cela est d’accepter les compliments.

Autre astuce, notez toutes les réalisations et ses succès sur un cahier. Ainsi, dans les moments où on se remet à penser qu'on est là par la chance ou usurpation, il suffit de relire ses exploits pour se rendre compte de tout ce qu'on a accompli. Ce n'est pas grand chose, mais c'est toujours bon de se rappeler tout ce qu'on a déjà accompli.

Autre chose essentielle : arrêter de viser sans arrêt la perfection. Cela signifie adopter une autre attitude face à l'échec. Celui-ci ne doit plus être considéré comme un signe d'incompétence. Tout le monde connaît l'échec, qui est une étape, une occasion d'apprendre. Cela implique aussi d'accepter ses faiblesses.







Source : Cerveau & Psycho n°135 (juin 2021)