Il y a quelques mois, j’ai pris une décision qui m’a surprise moi-même : j’ai arrêté d’envoyer ma newsletter. Pas parce que je manquais d’idées, pas parce que je n’avais rien à dire. Mais parce que j’avais regardé honnêtement ce que j’avais dans les mains — le lancement de mes programmes en ligne, la co-organisation d’un salon du bien-être, les parutions régulières sur les réseaux, tout ce qui se passait au niveau personnel — et j’avais compris que je ne pouvais pas tout tenir en même temps sans tout tenir mal.
Ce qui est un peu ironique, c’est que cet article parle exactement de ça : du rythme, de la confiance, et de pourquoi forcer ne vous fera pas aller plus vite.
Ce que vous croyez être un manque de volonté ne l’est presque jamais
Vous connaissez cette sensation. Vous avez quelque chose à faire, quelque chose que vous voulez vraiment faire, et pourtant vous ne le faites pas. Vous procrastinez, vous trouvez des raisons, vous repoussez. Et quelque part, vous finissez par vous dire que vous manquez de motivation, de discipline, de caractère.
Ce diagnostic est presque toujours faux.
Ce qui se passe réellement, la plupart du temps, c’est que votre cerveau a évalué la hauteur de la marche et décidé qu’elle était trop risquée. Pas consciemment. Automatiquement. Le système limbique — la partie de votre cerveau qui gère les émotions et la survie — est câblé pour éviter l’échec autant que pour éviter la douleur physique. Quand un objectif vous paraît trop grand, trop flou ou trop chargé d’enjeux, il active une résistance. Ce n’est pas de la fainéantise. C’est de la protection.
Les neurosciences appellent ça la réponse d’évitement : face à une menace perçue — et l’échec potentiel en est une — le cortex préfrontal, qui gère la planification et la décision, passe la main aux structures plus archaïques. Vous ne vous mettez pas en mouvement, non pas parce que vous ne voulez pas, mais parce que quelque chose en vous a calculé que ne pas essayer était plus sûr qu’essayer et rater.
Estime et confiance : deux choses que l’on confond sans arrêt
Je fais cette distinction régulièrement en séance, parce qu’elle change profondément la manière dont les gens se regardent.
L’estime de soi, c’est ce que vous pensez de vous de manière globale. C’est le je suis. Est-ce que je me considère comme quelqu’un qui a de la valeur, avec ses forces et ses zones d’ombre ? C’est quelque chose de relativement stable, qui se construit sur le temps long, indépendamment des situations.
La confiance en soi, c’est différent. C’est le je fais. Est-ce que je crois en ma capacité à réussir cette action précise, dans ce contexte précis ? Elle est contextuelle, variable, et parfaitement capable d’être solide dans un domaine de votre vie et inexistante dans un autre. Vous pouvez être quelqu’un qui se respecte profondément et vous sentir totalement incompétent au travail. Ce n’est pas une contradiction — c’est juste la réalité de ce que la confiance est vraiment.
Ce qui est intéressant, c’est que les deux se nourrissent mutuellement. Chaque petit succès concret vient renforcer la confiance dans un domaine précis. Et au fil du temps, ces petits succès accumulés — ces preuves que vous êtes capable — commencent à alimenter l’estime. Le mouvement se fait dans les deux sens.
La formule que j’utilise souvent :
RESSENTIS = RÉALITÉ – ATTENTES
Cette équation simple résume beaucoup de souffrance inutile.
Ce n’est pas toujours la réalité qui vous fait souffrir. Ce sont parfois des attentes démesurées par rapport à ce que la situation peut vous offrir — ou par rapport à ce que vous êtes en capacité de traverser pour y arriver, là, maintenant, avec ce que vous avez.
Quand vous vous fixez un objectif trop grand d’un seul coup, votre système interne calcule l’écart entre où vous êtes et où vous devriez être. Si cet écart est trop important, la résistance s’installe. Pas parce que vous n’êtes pas capable d’y arriver un jour. Mais parce que votre cerveau ne peut pas projeter un chemin réaliste entre les deux points, et préfère ne rien faire plutôt que de vous exposer à un échec certain.
Ce n’est pas un échec de caractère. C’est une information.
La règle des petits pas, ou comment contourner votre propre résistance
Il existe un principe simple que j’applique aussi bien dans ma vie que dans les accompagnements : baisser temporairement le niveau d’exigence. Pas pour abandonner ce que vous voulez. Pour rendre la première marche assez basse pour que vous puissiez poser le pied dessus.
Ce que la psychologie comportementale montre, et ce que les recherches sur la motivation intrinsèque confirment depuis des décennies, c’est que le mouvement génère du mouvement. Chaque action accomplie, même petite, active le circuit de la récompense dans le cerveau. La dopamine n’est pas sécrétée uniquement à l’arrivée — elle est sécrétée tout au long du chemin, à chaque étape franchie.
Autrement dit : commencer quelque chose de faisable aujourd’hui vous donnera plus d’élan demain que de rêver à l’objectif final sans jamais agir.
Ça ressemble à rien de l’extérieur. Ça ressemble à reculer, même. Mais de l’intérieur, quelque chose se déplace. Vous avez une preuve. Petite, concrète, réelle. Et cette preuve vaut infiniment plus que n’importe quelle résolution prise dans un moment d’enthousiasme.
Respecter son rythme, ce n’est pas renoncer
C’est probablement la chose la plus difficile à accepter dans une culture qui valorise la vitesse, la productivité et le « tout, tout de suite ».
Respecter votre rythme, ce n’est pas vous résigner. Ce n’est pas accepter de stagner pour toujours. C’est reconnaître que forcer une cadence qui n’est pas la vôtre ne vous fera pas aller plus vite — ça vous épuisera juste avant l’arrivée.
Quand quelque chose coince, quand vous n’arrivez pas à vous mettre en mouvement malgré votre envie réelle, c’est presque toujours le signe que la marche est encore trop haute. Pas que vous n’êtes pas capable. Juste que vous avez besoin d’une étape intermédiaire que vous ne vous êtes pas encore autorisé à créer.
Moi, pendant deux mois, cette étape intermédiaire a été d’arrêter la newsletter pour tenir le reste. Ce n’était pas une défaite. C’était un choix lucide.
Et c’est exactement ce que je vous invite à faire : regarder honnêtement ce que vous avez dans les mains, décider ce qui peut attendre, et avancer avec ce qui est vraiment possible aujourd’hui. Pas ce qui devrait l’être. Ce qui l’est.
Si vous reconnaissez quelque chose dans ce que vous venez de lire — cette résistance, ce sentiment de tourner en rond malgré l’envie d’avancer — c’est peut-être le signe qu’un accompagnement pourrait vous aider à voir plus clairement ce qui bloque vraiment. Je vous reçois en cabinet à Saint-Symphorien-sur-Coise ou en visio, et si la thérapie ce n’est pas votre truc vous pouvez jeter un oeil à mes programmes en ligne.