biais cognitifs
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COLINE ESCOFFIER

Hypnothérapeute et Energéticienne

Les biais cognitifs

Il y a quelques semaines, une femme est arrivée en séance avec cette phrase : « Je crois que je suis juste un bug ambulant. » Elle disait ça à moitié pour rire. Mais dans ses yeux, c’était sérieux.

Ce qui m’a frappée, c’est que cette phrase, je l’entends sous des formes différentes presque à chaque séance. « Je suis nulle », « c’est trop tard pour moi », « j’ai toujours été comme ça. » Des affirmations prononcées avec une conviction tranquille, comme si c’était des faits établis. Comme si quelqu’un les avait vérifiés, datés et signés.

Sauf que non. Personne n’a vérifié. C’est juste votre cerveau qui fait son travail, à sa manière, avec ses raccourcis. Et ce travail-là, il s’appelle les biais cognitifs.


Votre cerveau est brillant. Et aussi très feignant.

Pour comprendre les biais, il faut d’abord comprendre à qui on a affaire.

Le cerveau humain traite des millions d’informations chaque seconde. Pour ne pas exploser, il automatise. Il classe, trie, simplifie, anticipe. Il crée des schémas, des raccourcis, des règles du jeu internes. C’est ce que le psychologue Daniel Kahneman appelle le « Système 1 » — cette pensée rapide, intuitive, automatique, qui gère la majorité de vos réactions sans que vous le demandiez.

C’est brillant. C’est même ce qui nous a permis de survivre : repérer le danger vite, prendre des décisions sans réfléchir pendant dix minutes face à un prédateur.

Le problème, c’est que ces mêmes automatismes fonctionnent encore aujourd’hui, dans un open space ou dans votre cuisine un mardi matin. Et là, ils ne vous sauvent plus la vie. Ils vous racontent des histoires.

Ces histoires-là, ce sont les biais cognitifs. Des filtres mentaux invisibles qui colorent tout ce que vous percevez, ressentez et décidez, souvent sans que vous en ayez la moindre conscience.


Les biais que je rencontre le plus souvent

Le biais de confirmation : votre cerveau enquêteur (très partial)

Quand vous croyez quelque chose sur vous, votre cerveau ne cherche pas à vérifier objectivement si c’est vrai. Il cherche des preuves que c’est vrai. La nuance est énorme.

Une femme que j’accompagnais était convaincue d’être « nulle en société ». Un matin, un collègue ne lui avait pas répondu quand elle avait dit bonjour. Son cerveau a conclu immédiatement : « Il me méprise. » Et cette preuve est venue s’ajouter à toutes les autres, soigneusement collectées depuis des années. Le collègue était peut-être juste dans sa tête. Peut-être qu’il n’avait pas entendu. On ne saura jamais, parce que ce n’est pas ce qu’on cherchait.

Ça marche dans l’autre sens aussi. Vous avez une présentation à faire et vous êtes persuadé de ne pas être à la hauteur ? Vous allez retenir le regard distrait d’un collègue, pas les trois personnes qui hochaient la tête. Vous allez vous souvenir de la phrase qui a moins bien sonné, pas des applaudissements. Votre cerveau construit un dossier, et il ne retient que les pièces qui l’arrangent.

Le biais de négativité : l’alarme incendie pour une allumette

Vous pouvez vivre une journée entière avec dix moments agréables et un moment inconfortable. Devinez lequel votre cerveau va ruminer le soir ?

Notre cerveau donne beaucoup plus de poids aux expériences négatives qu’aux positives. C’est de la survie : mieux valait se souvenir du buisson où vivait le serpent que des fleurs jolies à côté. Sauf qu’aujourd’hui, ce serpent, c’est souvent une remarque un peu sèche de votre chef ou un silence gêné en réunion. Et l’alarme sonne quand même, aussi fort.

Ce biais-là est particulièrement vicieux parce qu’il sabote aussi les relations. Votre partenaire vous a dit quelque chose de maladroit un soir de fatigue — vous vous en souvenez encore six mois plus tard avec une précision chirurgicale. Les cent fois où il a été attentionné ? Floues. Le cerveau archive différemment selon la charge émotionnelle, et le négatif a toujours une longueur d’avance.

Le biais d’ancrage : une phrase entendue à 8 ans qui dirige votre vie à 35

L’ancrage, c’est quand une information initiale devient le point de référence de tout ce qui suit. Et ces ancres-là, elles se posent très tôt.

« Tu es trop sensible. » « Tu n’es pas fait pour les études. » « Dans cette famille, on ne réussit pas. »

Vous aviez peut-être 6, 8, 12 ans. Vous n’avez pas choisi d’enregistrer ça comme une vérité. Mais votre cerveau l’a fait, et depuis, il s’en sert comme boussole.

Ça peut aussi venir de là où on s’y attend le moins. Un médecin qui dit « vous êtes quelqu’un d’anxieux » en cinq minutes de consultation. Un professeur qui note une copie 8/20 avec juste « peut mieux faire ». Une remarque d’un ancien partenaire sur votre corps. Ces phrases-là ne devraient pas avoir autant de pouvoir — et pourtant, elles ancrent. Parfois pour des décennies.

La dissonance cognitive : rester là où ça fait mal parce que c’est logique

Vous savez que quelque chose ne va pas. Votre corps vous le dit. Mais votre tête trouve des explications pour que vous restiez quand même.

« Ce boulot m’épuise, mais j’ai un CDI. » « Cette relation ne me convient plus, mais on a construit tellement de choses. »

Le cerveau déteste l’incohérence. Alors quand vos actes et vos valeurs ne s’alignent pas, il préfère inventer une justification plutôt que de vous laisser vivre avec le malaise. Ce n’est pas de la faiblesse. C’est juste votre cerveau qui essaie de tenir debout.

Ce mécanisme-là, je le vois souvent chez des personnes qui restent dans des situations qui les abîment depuis des années. Pas par manque de lucidité — elles voient très bien ce qui se passe. Mais leur cerveau produit en continu des arguments pour que le statu quo reste acceptable. Jusqu’au moment où le corps décide de ne plus se taire, et où la somatisation prend le relais.


Ce que ça abîme, concrètement

Ce que je vois en séance, c’est que les biais ne restent pas dans la tête. Ils se glissent partout.

Dans l’estime de soi, d’abord. Parce qu’à force de filtrer la réalité, vous finissez par vous percevoir au travers d’un prisme déformant sans même le savoir. Et vous agissez en conséquence : vous n’osez pas, vous vous effacez, vous attendez d’être « prête » ou « légitime » avant de prendre votre place.

Dans les relations ensuite. J’accompagne régulièrement des personnes qui vivent dans une certitude que leur partenaire ne les aime plus, ou qu’elles dérangent leurs amis, ou qu’elles vont être abandonnées. Quand on regarde ensemble, on trouve presque toujours un filtre de confirmation très actif. Les signes d’amour sont là — un café préparé, un message envoyé, une attention discrète — mais ils ne passent pas, parce qu’ils ne confirment pas ce que le cerveau cherche à prouver.

Et au travail. Le perfectionnisme, notamment, est un biais très bien habillé. Il donne l’impression d’être rigoureux, exigeant, de vouloir bien faire. Mais en creusant, c’est souvent une peur profonde de ne jamais être à la hauteur — et le résultat, c’est qu’on ne commence pas, ou qu’on s’épuise, ou qu’on reste dans un poste trop petit pour soi par peur de ne « pas retrouver mieux ailleurs ».


Ce qu’on peut faire

Je ne vais pas vous promettre qu’on peut éliminer ses biais. Ce serait vous mentir. Mais on peut apprendre à les reconnaître au moment où ils opèrent — et ça, ça change tout.

La première étape, c’est de se demander, face à une pensée difficile : est-ce un fait ou une interprétation ? Est-ce que j’ai des preuves réelles, ou est-ce que mon cerveau est en train de construire un dossier à charge ? Et surtout : est-ce que je chercherais les mêmes preuves si je croyais le contraire de moi ?

Ce n’est pas toujours facile à faire seul, parce que le propre d’un filtre, c’est qu’on ne le voit pas. On voit à travers lui. Parfois il faut un regard extérieur pour pointer ce qu’on ne peut pas voir soi-même. Pas parce qu’on est incapable, mais parce qu’on est dedans.

Ce moment où une personne ouvre les yeux en séance et dit « mais… c’était ça depuis tout ce temps ? » — c’est pour ça que je fais ce travail.


On n’apprend pas à l’école que notre cerveau nous raconte des histoires. On grandit avec, on se juge à travers eux, on construit notre vie en tenant ces filtres pour argent comptant.

Mais ce n’est pas une fatalité. Ces automatismes peuvent être repérés, questionnés, transformés. Et parfois, il suffit de les nommer pour que leur emprise commence à lâcher.

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